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Bulletin, février 2020

Pour sauver la planète, c’est à chacun d’en faire un peu plus. Mythe ou réalité ?

par Samuel Montigne

Face à la crise climatique et environnementale mondiale à laquelle nous devons faire face, plusieurs avenues nous sont actuellement proposées. Une de celles qui sont le plus souvent relayées par les médias et les institutions est celle de l’effort accru que chacun devrait faire dans ses gestes au quotidien pour adopter des pratiques les plus écoresponsables possible. Que ce soit notre consommation alimentaire, nos modes de déplacements, nos loisirs...chacun par ses choix individuels est, semble-t-il, responsable de l’avenir de la planète.

Le mea culpa, résidu persistant d’un héritage catholique ?

Actuellement, en matière d’action environnementale on observe bien souvent un discours moralisateur et culpabilisant. Un message et un discours qui ne sont pas sans nous rappeler celui véhiculé il y a peu de temps encore par le catholicisme. Une vision dichotomique de l’action individuelle dans laquelle il y aurait les bonnes actions environnementales et les mauvaises. Une vision qui tend à polariser la société en opposant les personnes en fonction de leur choix, par exemple entre les cyclistes et les automobilistes, ou bien entre les omnivores et les végétaliens. Avec en trame de fond une échelle morale liée à un degré croissant de pureté dans l’acte écologique qui mènerait certains vers un statut de pseudo sainteté en terme d’impact environnemental. Cette approche moralisatrice favorise le jugement de soi et de l’autre. Un jugement subjectif qui au final risque d’être largement biaisé, car la majorité des gens croient être plus verts que la moyenne [1] évitant ainsi de se remettre vraiment en question ce qui participe activement à la division de nos efforts collectifs.

Autre parallèle, si par malheur autrefois nous avions fait de mauvaises actions il était possible de racheter nos péchés moyennant quelques «  je vous salue Marie  ». Maintenant pour nos mauvaises actions en matière d’impact environnemental il nous est possible d’acheter des «  je vous salie ma rue  » autrement dit de procéder au rachat de crédits carbone, tout dépendant de votre bourse et de votre volonté de vous racheter une bonne conscience. Mais rassurons-nous, peu importe nos bonnes actions de notre vivant, le seul paradis connu sur terre est le paradis fiscal et celui-là est réservé depuis toujours aux biens nantis qui semble-t-il ont assez peu de problèmes de conscience environnementale ou sociale. Un paradis réservé à cette frange infime de la population qui se partage le gros des retombées de nos efforts collectifs, des gens qui semblent se dire par leur attitude écophage « après nous le déluge  ». Même la montée du niveau des eaux promise par une augmentation de 3 degrés Celsius ne les atteindra pas sur leurs îles privées (de remords), car leur Yatch de Noé est déjà prêt à les accueillir, eux et leur grand égo. En attendant, pour les autres, les conditions de vie sociales et environnementales tendent à devenir un enfer.

La main invisible de …. l’environnement

Il est en effet primordial que chacun fasse sa part ne serait-ce que par souci de responsabilité et d’intégrité. Mais le concept qui voudrait que la somme des efforts individuels en matière d’environnement aboutisse inévitablement à l’amélioration des conditions globales, concept qui n’est pas sans nous rappeler le principe de la main invisible du marché chère à Adam Smith, semble présenter de nombreuses lacunes. Par exemple, cela fait plus de 15 ans que je surveille de très près mon éco bilan, j’ai beau prendre mon vélo 365 jours par année pour aller au travail, ne pas avoir d’auto et à chaque fois c’est l’avion outre-mer, qui pris tous les 2-3 ans, fait plonger de 50-60% mon impact environnemental sans compter le poids sur ma conscience « plane bashing ». Si l’impact de l’avion est vraiment majeur au niveau de mes émissions carbone, pris au niveau mondial, le transport aérien ne représente que 3% des émissions de CO2. Si tout le monde arrêtait du jour au lendemain de prendre l’avion, il resterait encore 97% des émissions à éliminer dont plus de la moitié proviennent des secteurs industriels et agricoles. Les individus sont directement responsables de seulement 20% des émissions de CO2. Pendant que l’on exige un effort accru des individus, les compagnies, sous couvert de respect de la sacro-sainte compétitivité du marché, n’ont pour l’instant pas vraiment de contraintes environnementales à respecter.

Les limites de l’action individuelle

Au niveau local, vous avez beau mettre scrupuleusement dans votre bac vert vos matières à recycler il apparaît au final que seuls près de 60% le sont réellement notamment par manque de filières existantes (la Chine et l’Inde viennent de fermer leurs portes à nos matières recyclables).

Devons-nous chacun organiser une filière de recyclage des plastiques (seuls 18% sont valorisé actuellement) et mettre en place la consigne pour le verre qui tend à polluer toutes les autres matières recyclables ? Ou est-ce le rôle des instances municipales ?

Devons-nous contacter la compagnie qui fabrique notre ordinateur pour exiger qu’il soit durable, réparable et non programmé pour être obsolescent au bout d’un certain moment ?

Ou pouvons-nous envisager qu’il y ait des lois pour réglementer la durée de vie des appareils et la prise en charge complète par la compagnie productrice du cycle de vie des matériaux utilisés.

Et que pouvons-nous faire individuellement contre l’étalement urbain et le tout à l’auto si un plan d’urbanisme ne le prévoit pas de façon responsable et durable.

Si l’on transposait cette responsabilité environnementale de l’individu au système de redistribution des richesses cela reviendrait à dire, « c’est à chacun de fixer son niveau d’imposition, faites votre effort individuel pour le collectif ». Il est fort à parier que malgré nos consciences sociales développées nous cotiserions très peu et le système s’effondrerait rapidement (et encore là, malgré les lois très restrictives en place, les plus riches s’arrangeraient par des subterfuges financiers pour s’extraire du système et ne pas payer leur juste part).

L’écoconsommation, formule gagnante vers un statu quo planifié

Le principe de l’écoconsommateur, seul responsable d’un avenir collectif, vient cogner une fois de plus sur le clou de notre conscience individuelle, et tend à installer chez chacun un sentiment d’impuissance, de mauvaise conscience voir une véritable éco anxiété qui risque au final de paralyser toute action individuelle et collective.
Nourrie à coup de formules type « acheter c’est voter » l’écoconsommation, où l’acte d’achat est présenté comme substitut direct au processus démocratique, plutôt que de régler le problème, semble participer au maintien du mécanisme bien huilé de notre société de consommation. Celle-là même qui nous a menés à la situation environnementale et sociale désastreuse que nous connaissons actuellement.

Dans sa recherche doctorale [2] Lewis Akenji précise que « Cette approche, qui est motivée par la pensée économique, où le consommateur est un bouc émissaire, est à la fois simpliste et imparfaite. Compte tenu de l’ampleur et de l’urgence du problème environnemental, le consumérisme vert pourrait même être dangereux car il retarde le déploiement de solutions efficaces ». Tout en indiquant que cette stratégie organisée de résistance à une nécessaire transition économique et politique est tout sauf le fruit du hasard. «  Les moyens et les implications pratiques d’un mode de vie durable menacent les intérêts d’acteurs puissants tels que les gouvernements nationaux, les grandes sociétés transnationales et les institutions qui façonnent ensemble les politiques et les marchés contemporains ».

L’échec de la représentation démocratique et la crise profonde des valeurs

Face à l’urgence climatique, associée à l’accroissement des inégalités entre une infime minorité très riche et une majorité pauvre, il est peut-être temps pour nous de sortir la tête de notre sac d’épicerie et de notre bac de recyclage. Nous devons activement travailler ensemble à nous réapproprier les leviers démocratiques (encore) existants et exiger de nos élus municipaux, provinciaux, nationaux, voire aux délégations internationales, de respecter la volonté des peuples de protéger les conditions essentielles de vie sur la planète en mettant en place des traités, des lois qui imposent des règles environnementales plus strictes, aux nations, aux entreprises, aux collectivités et finalement aux individus.

Il est temps de nous assurer que les élus défendent à nouveau le bien commun, la solidarité, le respect des conditions environnementales pour notre génération et pour les suivantes, plutôt que de répondre, comme c’est le cas actuellement, aux lobbies
du 1% des plus nantis de la planète et à leur logique de profit à court terme. Et exiger que les entreprises aussi fassent leur juste part en termes de participation fiscale et de protection de l’environnement.

Dans les sondages, c’est l’environnement qui apparaît comme étant notre principale préoccupation loin devant l’économie et la santé [3] . Et pourtant au moment de voter, de trouver un habitat ou de penser à nos vieux jours, c’est une forme de peur intrinsèque qui vient replacer la valeur financière avant toutes les autres et qui dicte nos choix. Si l’environnement représente un enjeu vital pour notre génération et pour les suivantes, il est peut-être grand temps d’amorcer une véritable et difficile introspection pour réordonner en nous les valeurs conscientes et inconscientes pour que nous choisissions véritablement « entre la bourse ou la vie ». Il est temps que nous soyons capables, non pas avec notre conscience, mais du fond du cœur, de voir enfin le capitalisme non pas comme une solution mais comme un problème. Que nous soyons également capables de voir la transition écologique non pas comme un retour obligatoire vers un mode de vie austère, mais bien comme ce qu’elle est : une heureuse et souhaitable amélioration de nos conditions de vie au quotidien et de celles des générations à venir. Souhaitons qu’ensemble avec courage, détermination et sérénité nous empruntions cette belle avenue verte et solidaire. Que cette crise environnementale et surtout existentielle nous permette enfin de passer du verbe avoir au verbe être.


L’auteur est titulaire d’un baccalauréat en enseignement des arts visuels et d’un diplôme de second cycle en éducation relative à l’environnement de l’Université du Québec à Montréal, Samuel travaille depuis plus de 15 ans avec Les amis de la montagne à la protection et la mise en valeur du mont Royal. Militant d’Attac de longue date, il travaille notamment à l’aspect logistique pour la mobilisation des membres lors d’actions symboliques. Illustrateur, graphiste, photographe il met en images des concepts pour créer banderoles, affiches, flyer, etc..



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