Bulletin, octobre 2019

Libre-échange : stop ou encore ?

par Claude Vaillancourt
Président Attac Québec

Il ne faut pas compter sur la campagne électorale pour aborder en profondeur les enjeux reliés au libre-échange. Pourtant, nous entendons parler de gestion de l’offre, d’environnement, de conditions de travail, d’investissements publics. Des matières très liées aux trois grands accords que le Canada vient de signer avec l’Union européenne (AÉCG), les États-Unis et le Mexique (ACÉUM), et des pays de la zone du Pacifique (PTPGP).

La négociation de ces accords étant terminée, on ne doit donc pas s’attendre à y trouver du neuf à leur sujet dans les programmes des partis. Il faut cependant se demander quelle sera l’attitude des différents partis devant ces ententes, s’ils sont élus. Seront-ils prêts à les remettre en cause ? Comment réagiront-ils face aux aspects négatifs du libre-échange qui se manifestent déjà : déficits commerciaux du Canada, difficulté de règlementer dans l’intérêt public, détérioration de l’environnement, pertes d’emploi ? Quelle sera leur attitude lorsque les États-Unis et plusieurs pays européens se demanderont s’ils doivent bel et bien ratifier les accords conclus ?

Pour y voir clair, il devient nécessaire de considérer l’attitude des partis dans la négociation des accords commerciaux, le passé étant souvent garant de l’avenir. Remettre en cause un dogme aussi partagé que le libre-échange chez les élites économiques a toujours demandé un grand courage politique, dont celui de se confronter aux puissants gens d’affaires et à leurs lobbys.

Les quatre dernières années nous ont permis de constater que les libéraux sont moins rigides et plus ouverts sur de nombreux sujets (environnement, droits de la personne, investissements publics) que les conservateurs. Mais en ce qui concerne le libre-échange, leur attitude est la même. Bonnet blanc, blanc bonnet. Trudeau a beau qualifier les nouveaux accords de « progressistes », le mot sonne creux et se trouve fortement contredit par le contenu de ces ententes. Les libéraux ont repris quasiment tel quel ce qui a été négocié par le gouvernement précédent, se contentant de rares ajouts cosmétiques. Pouvait-on s’attendre à autre chose de deux partis qui sont toujours restés fidèles au crédo néolibéral ?

Le NPD a longtemps été le parti le plus critique du libre-échange. Son opposition était dynamique, bien appuyée, solide. Jusqu’à ce qu’arrive Thomas Mulcair. Sous son règne, la vaste opération de recentrage du parti exigeait de laisser tomber ses charges contre le libre-échange et de rester muet, autant que possible, sur la question. Il faut cependant avouer que depuis les dernières élections, la députée Tracy Ramsey a repris le flambeau et a habilement suivi le dossier.

Le Parti Vert n’a jamais cessé sa vigilance, question de libre-échange. Il faut dire que ce dogme économique est incompatible avec la protection de l’environnement. Elizabeth May a même été la première à dénoncer l’accord sur la protection des investissements étrangers conclu avec la Chine et qui permet au gouvernement chinois, par le biais de ses entreprises nationalisées, de poursuivre le gouvernement canadien si les profits de ces dernières sont menacés (alors que l’inverse n’est pas possible).

Le Bloc québécois, quant à lui, est plutôt difficile à suivre sur la question. Il a voté contre l’AÉCG, et sous la direction de Martine Ouellette, il a défendu, sur le nouvel ALÉNA, une position très proche de celle qui a été élaborée dans une déclaration des organisations sociales du Canada, des États-Unis et du Mexique réunies à Mexico en mai 2017. Depuis ce temps, toutefois, silence radio. Le Bloc n’a pas répondu aux demandes qui lui ont été faites de signer, avec d’autres députés, une lettre pour protester contre la hausse du coût des médicaments dans l’ACÉUM, et une autre lettre pour inciter les élu.e.s français à ne pas ratifier l’AÉCG. Pourtant, il y a au sein de ce parti de solides opposants au libre-échange.

Le prochain mandat électoral pourrait être crucial pour le libre-échange. Ce choix économique est actuellement en recul partout dans le monde et soulève de vives oppositions. La lutte contre les changements climatiques nécessitera une bonne mise en cause de ces accords qui vont à l’encontre de ce qu’il faut faire et semblent dater d’un autre temps. De façon plus pragmatique, peut-être que le futur gouvernement canadien devra s’interroger sur le déficit commercial qui s’accentue avec nos partenaires depuis la mise en place de ces accords. L’affaiblissement de la gestion de l’offre, quant à elle, n’a pas fini de créer des mécontentements.

Mais les partis qui se partagent le pouvoir depuis toujours sont incapables de se remettre sérieusement en question sur les fondements même du libre-échange et de considérer ses effets négatifs sur les citoyens et les citoyennes. Souhaitons tout de même que le prochain gouvernement soit capable d’entreprendre un sérieux examen de conscience qui lui fasse enfin changer son fusil d’épaule. Rien dans la présente campagne électorale ne permet cependant d’envisager un pareil résultat.



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