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Bulletin, octobre 2020

Un (autre) rendez-vous manqué… du côté d’Ottawa aussi !

par Jacques Bouchard

Alors que nous sommes confrontés à un péril climatique et écologique qui se déroule directement sous nos yeux, le discours du trône du gouvernement Trudeau est dramatiquement insuffisant.

Prenons d’abord la mesure de la situation. L’ensemble des limites planétaires sont amplement dépassées. Nous assistons en direct à la multiplication des symptômes de la crise écologique : canicules, incendies, fonte des glaciers, températures extrêmes, fonte du pergélisol, etc. Pas de doute, l’existence de l’humanité est menacée par un danger abyssal. Le Fonds mondial pour la nature rappelait tout dernièrement la responsabilité de l’activité humaine dans la destruction de la biodiversité qui nous a conduit à une réduction de l’ordre de 68 % des populations d’oiseaux, de poissons, de mammifères, d’amphibiens et de reptiles depuis 1970. En cinquante ans !

Le système économique capitaliste, qui a causé cette dégradation jamais vue de nos écosystèmes, a conduit aussi à une inégalité sociale extrême alors que, comme le révélait Oxfam, 26 personnes possèdent à elles seules autant de richesse que la moitié la plus pauvre de l’humanité, soit 3,8 milliards de personnes. L’exploitation capitaliste des êtres humains et de la nature porte la responsabilité des 37 000 personnes qui, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) meurent de faim chaque jour. Jamais dans l’histoire de l’humanité, les inégalités n’ont atteint un niveau si insupportable.

C’est dans ce contexte que nous analysons les orientations proposées par le gouvernement Trudeau. La situation catastrophique devant laquelle nous nous trouvons, pourtant partiellement évoquée dans le discours du Trône, demande un tournant profond dans la manière de gérer l’évolution économique. Le discours du Trône ne nous annonce pas un plan de transition véritable. Loin de là, il vise le maintien du mode de vie des canadiens et de la quête de croissance, alors même que nous savons qu’il faut plus de cinq (5) planètes pour soutenir notre mode de vie actuel… En fait, nous y retrouvons beaucoup de paroles, des promesses parfois déjà formulées, mais pas de véritable projet de transformation radicale de la production et de la consommation, pourtant urgent et nécessaire.

Pauvre Canada !

Sans doute, un des premiers messages nécessaires à cette transformation aurait été l’annonce d’une réforme radicale de la fiscalité et de la politique monétaire. Les faibles mesures proposées dans le discours à cet égard sont loin d’être suffisantes. Si l’on se fie au louvoiement interminable du gouvernement libéral quant à l’imposition des industries du numérique et son attitude attentiste dans le cadre des discussions au sein de l’Organisation de la coopération et du développement (OCDE), notre pessimisme apparaît justifié. Le prochain budget devrait malheureusement confirmer nos appréhensions.

Il aurait fallu retrouver l’idée de réformer la fiscalité afin de dégager les sommes nécessaires au financement de la transformation de l’économie et à l’accompagnement des personnes qui perdront leur emploi, mais aussi un engagement clair à mettre fin aux échappatoires fiscales pour les entreprises. Nous retrouvons une volonté de continuer à soutenir les personnes qui subissent des pertes d’emploi mais nous aurions souhaité une vision plus large par la constitution d’un revenu de transition écologique visant le soutien au développement d’initiatives de transformation du modèle économique, écologique et social. Soulignons également l’absence de propositions sur une nouvelle politique monétaire autorisant une capacité d’action autonome du Canada sur le crédit et l’investissement. Nous ne retrouvons enfin aucune volonté manifeste de lier dorénavant les décisions budgétaires à un véritable plan de transformation.

Le discours du Trône reprend le mantra contradictoire du développement durable et l’utopie de l’économie verte. Pourtant, tout n’est pas conciliable. Il faut privilégier les activités bénéfiques et abandonner celles qui sont nuisibles. On ne peut à la fois soutenir les compagnies pétrolières et les projets de pipeline et du même souffle fixer l’objectif Canada zéro émission nette en 2050. Aucune mention de l’abandon de ces pratiques, ce qui nous souligne l’incohérence de la position du gouvernement canadien en matière environnementale.

Nous ne retrouvons pas non plus dans le discours du Trône d’indices d’une transformation de l’agriculture productiviste vers l’autonomie alimentaire et une alimentation diversifiée, durable et accessible à la population. Rien non plus sur la protection du territoire qui permettrait à la fois d’atteindre une protection immédiate et réelle de 40 % des zones terrestres ainsi que de bonifier le faible taux de 8,9 % de protection du territoire marin inclus présentement dans des aires protégées, ce qui permettrait de favoriser la biodiversité. Le discours présente une proposition d’aménagement de parcs urbains et, encore une fois, avec l’objectif de planter deux milliards d’arbres (!!!). Mais c’est plutôt une basse politique d’écoblanchiment (greenwashing) que nous offre le gouvernement Trudeau. D’autre part, la glorification technologique de la transition vers la construction de véhicules électriques et de batteries zéro émission relève pratiquement de la mystification quand on considère les impacts réels d’une telle mesure.

Qu’en est-il de la politique commerciale du Canada si on considère les valeurs du droit des hommes et des femmes qui semble si chère à ce gouvernement. Quel est le plan pour lier commerce et justice sociale ? Néant.

Nous aurions souhaité que le discours du Trône nous convie à une grande transformation économique, mais aussi à une grande discussion démocratique afin que nous déterminions ensemble les principes écologiques qui devraient sous-tendre les actions du gouvernement, ce que l’on appelle la transition juste. Nous aurions souhaité être invités à participer à la construction d’une société juste où l’exploitation et l’accumulation illimitée de la richesse ne seraient plus les forces motrices de notre économie. Le discours à la nation aurait dû être porteur d’un appel à changer le monde. Or il n’en est rien.

Cette crise devrait nous permettre d’ouvrir nos esprits confinés depuis trop longtemps et de constater qu’il est impérieux de sortir de notre torpeur collective face à l’autodestruction de l’humanité et au drame de l’extrême inégalité. En pleine crise économique sociale et sanitaire, les gouvernements ont l’occasion de transformer nos économies pour construire un modèle plus juste et plus durable. Le discours du Trône n’est pas à la hauteur de la situation.
Ce que nous propose le gouvernement, c’est plus une adaptation aux changements climatiques qu’une véritable transformation du système. Tourner en rond, ce n’est pas une révolution ! Nous aurions souhaité que le discours du Trône et le discours à la nation suscitent l’espoir et donnent le désir de travailler ensemble à faire du Canada un pays plus vert et plus juste.

Nous en sommes quittes pour un autre rendez-vous manqué !



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