Bulletin, avril 2019

Écoféminisme et transition juste

par Jeanne Gendreau

«  Le féminisme, en libérant la femme, libère l’humanité toute entière » [1]

« L’égalité entre les sexes est la prémisse à la lutte aux changements climatiques ». [2]

Ces propos n’ont pas été dits lors du 8 mars dernier par un groupe de femmes, mais par un cadre de l’ONU en 2017 lors d’une activité en parallèle à la COP 21. Monsieur Y. Glemarec conviait ainsi la communauté internationale à une vision écoféministe de la transition.

L’écoféministe est issu de deux concepts, deux visions, deux actions complémentaires : Le féminisme et l’écologie !

D’un point de vue écoféministe, la structure patriarcale asservit la femme et la Nature de façon systémique. La Nature mérite respect, elle est un partenaire à part entière. À l’intérieur du système capitaliste, où la valeur dominante est la croissance infinie, la Nature et les femmes sont au service de ceux qui possèdent pouvoir et argent. Pour les écoféministes, la femme et la Nature sont toutes deux violentées par le système. [3] Ce qui diffère, à certains niveaux, de la notion strictement écologiste où la Nature est perçue comme une valeur souvent utilitaire.

La prise de conscience écoféministe a pris ses racines dans les mouvements altermondialistes, féministes et écologistes. Dans nos sociétés occidentales, c’est Françoise D’Eaubonne qui a pressenti la convergence entre ces deux combats. « Le féminisme ou la mort » (1974) contient déjà toutes les prémisses de l’analyse écoféministe occidentale.

Dans les pays du Sud, c’est Vandana Shiva qui a contribué grandement, par ses voyages et implications dans de nombreux pays « émergents », à ce que l’écoféminisme devienne de plus en plus une réalité. Elle a mis de l’avant l’empowerment collectif des femmes à partir de leur rôle et de leur pouvoir dans l’agriculture traditionnelle et dans la subsistance de la famille. Ce qui diffère du féminisme occidental où la première étape de l’émancipation de la femme est l’affranchissement des rôles traditionnels. L’écoféminisme est difficile à définir, car il ne se théorise ni ne s’exprime de la même façon à travers le monde, les réalités étant très différentes d’un pays à l’autre et surtout d’un continent à l’autre. Mais l’axe principal caractéristique de l’écoféminisme est le partenariat égalitaire avec la Nature.

Le féminisme « d’égalité »

Le féminisme qui est le plus connu et soutenu au Québec (et dans de nombreux pays occidentaux) est un féminisme axé sur l’égalité des droits : les femmes doivent avoir les mêmes droits que les hommes dans la sphère publique : même accès aux emplois, égalité salariale, représentativité égale à tous les niveaux de pouvoir, etc. À cela s’ajoute l’objectif d’un partage égal des tâches au niveau domestique. Dans ce féminisme dit «  d’égalité  », les femmes luttent sur le même terrain que les hommes (mais pas à armes égales…) et participent au système économique dominant, bien qu’il y ait une conscience de plus en plus claire, chez ces féministes, que le capitalisme issu du patriarcat génère toujours plus d’inégalités. Il y a aussi plusieurs courants de pensée féministe dans nos pays dits « du nord », mais le mouvement féministe de base s’est construit autour de Simone de Beauvoir qui, en 1949, a créé une onde de choc : « On ne naît pas femme, on le devient  ».

Régénérer les écosystèmes

L’écoféminisme a comme objectif de combattre les inégalités, en rééquilibrant l’ensemble des écosystèmes. Ce mouvement de régénération nécessite une véritable rupture avec le paradigme de la croissance à tout prix. Considérer la Nature comme partenaire égale signifie d’abord et avant tout de cesser de la piller et de l’exploiter. L’écoféminisme doit donc rompre avec le capitalisme autant qu’avec le pouvoir patriarcal, afin que soit possible ce travail. Les solutions actuelles, dites « vertes », font appel strictement à de hautes technologies qui perpétuent la déprédation des systèmes et accentuent les inégalités. L’obsession de la croissance infinie se retrouve dans les projets « verts » et dits de « développement durable ». Rien d’étonnant à ce qu’ils récoltent chaque année plus de 70% du financement mondial des budgets dédiés à la lutte aux changements climatiques. Ce sont des hommes, de par leurs postes de pouvoir dans les multinationales et dans les États, qui décident ces projets hautement subventionnés. [4]

L’écoféminisme et le mouvement de la décroissance, du moins dans les pays riches, ont beaucoup d’objectifs en commun. Mais il est clair pour les écoféministes, que la gestion de cette décroissance et sa charge mentale seront également partagées entre hommes et femmes, tant au niveau domestique que collectif. La plus grande crainte des féministes (à raison) est que se reproduisent, dans ces nouveaux modèle, les inégalités hommes femmes.

L’objectif d’une « transition juste », veut rendre compte des injustices géographiques, raciales, sociales, économiques, etc. Le travail pour atteindre l’égalité entre hommes, femmes et Nature doit tenir compte de toutes ces composantes. Et c’est un immense défi ! Puisse-t-il être partagé entre hommes et femmes…. dans un mouvement d’égalité et de sororité !

Notes

[1Françoise d’EAUBONNE : « Le Féminisme ou la Mort » (éd. P. Horay), 1974

[2Alexandre Shield, Les femmes sont les premières victimes des changements climatiques, Le Devoir, décembre 2017

[314 fois plus de femmes meurent lors de catastrophes climatiques : Développement et paix, Chaud devant : impacts des changements climatiques dans les pays du Sud et recommandations pour une action du Canada, rapport 2015

[4« … les 30 % qui restent sont distribués à des microprojets dans les communautés rurales ; 0.01 % de l’argent est octroyé à des projets gérés par des femmes. » Le Monde selon les femmes. Plaidoyer pour le genre dans les négociations climat-environnement, 2012



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