Bulletin, juin 2019

De l’écoféminisme à la permaculture

par Jeanne Gendreau

L’écoféminisme et la permaculture ont de nombreuses souches communes, autant dans leur philosophie que dans leur pratique. Pour les écoféministes, la cause de la Nature [1] fait partie de la cause des femmes. Il y a l’égalité entre hommes-femmes et l’égalité Humanité-Nature. Féminité et Nature sont des concepts qui s’associent quand il s’agit de dénoncer l’impact de deux autres concepts : la croissance à tout prix et l’économie capitaliste. Pour qui partage la vision écoféministe du monde, la Nature est une alliée à respecter et non un bien à exploiter. ( eco vient du grec, oikos, qui signifie habitat). Détruire les écosystèmes nécessaires à la survie de l’ensemble est une posture de domination propre au masculin. Considérer aussi la Nature comme victime des valeurs masculines de prédation différencie les écoféministes des féministes « de droit ».

La permaculture : une philosophie

Comment la permaculture s’insère-t-elle dans ce débat ? Le terme « permaculture » a d’abord été inventé (dans les années 50 en Australie par Bill Mollison), pour décrire un système évolutif où les espèces végétales et animales utiles à l’humain se perpétuent grâce à leurs propres interactions. Les échanges entre les différents systèmes se font sans pression, sans violences, sans hautes technologies, sans pesticides, sans produits chimiques. La rapidité des résultats importe peu, non plus que la quantité. Le concept a beaucoup évolué depuis : la permaculture est maintenant une philosophie et un mode de vie qui s’insère dans le grand mouvement de la transition écologique et juste. La façon dont les personnes et les communautés organisent leur habitat, les relations entre eux et avec la Nature s’inscrit dans une éthique globale de vie.

L’écoféminisme et la permaculture, ont évolué séparément, dans des contextes différents, jusqu’à ce que la crise climatique les relie l’un à l’autre de façon spontanée et informelle. La réalité des femmes dans les pays du Sud en a obligé plusieurs à se reconnecter avec une agriculture différente et inventive. Responsables de nourrir leur village et leur famille, ces femmes ont dû compenser la pénurie de ressources. La course vers la croissance infinie propre aux pays de Nord provoque cette déprédation [2] « programmée » et est facilitée par des siècles d’exploitation colonialiste. Ces femmes ont observé les écosystèmes et leurs mouvements, et ont travaillé concrètement à les rééquilibrer. Elles ont élargi le partage des connaissances, ont protégé leurs semences ancestrales, etc. En fait, elles découvraient et appliquaient instinctivement la permaculture comme nouveau mode de vie, et de survie.

Des écosystèmes égalitaires

L’écoféminisme a de nombreuses facettes idéologiques et pratiques. Mais que la tendance soit à dominante féministe ou écologiste, le mouvement écoféministe rejoint la permaculture par son refus de s’inscrire dans la lutte de pouvoir capitaliste : pouvoir de l’homme sur la femme, pouvoir de l’humain sur la Nature, pouvoir d’un peuple sur l’autre, pouvoir du 1% sur toute une population. Au contraire, pour les écoféministes et les permacultrices, chaque système a un apport à l’ensemble et un rythme qui lui est propre dépendant de son rôle. Ces rôles ne sont pas figés dans le temps ni cantonnés à un espace. Chaque composante est dépendante d’une autre mais dans un contexte d’entraide et non de domination. Les écosystèmes fonctionnent donc horizontalement.

La permaculture et l’écoféminisme sont en évolution constante. Aujourd’hui, notamment au Québec et en France, plusieurs projets se réclament de ces mouvements. Que ce soit les femmes qui se mobilisent pour que cessent les agressions planifiées contre la Nature (extrativisme, oléoducs, pesticides, etc.) ou celles (et ceux) qui créent des cultures diversifiées sans pesticide ou qui inventent des outils agricoles qui n’endommagent pas les systèmes [3] , toutes et tous amorcent et participent à la transition.

Une transition multiple

Cette transition est et sera multiple. L’écoféminisme et la permaculture s’inscrivent dans ce mouvement à long terme. Il y a beaucoup de tâtonnements pour sortir des sillons encastrés du capitalisme néolibéral. Celles (ceux) qui inventent des fermes, créent des jardins où il fait bon vivre, nourrissent leur milieu en s’articulant en harmonie avec le vivant, transforment un univers de proximité. Ce n’est pas sans effort. Si on faisait quelque chose de semblable « tout le monde en même temps » ? [4] Peut-être que le mouvement écoféministe et la permaculture pourraient inventer des alternatives viables et intéressantes où les êtres vivants pourraient vivre autrement qu’en étant ou consommateurs ou consommés ? Et qu’on pourrait ainsi contribuer à diminuer les iniquités indécentes et insoutenables entre les écosystèmes qui composent notre terre ?

Notes

[1La lettre majuscule s’impose car la Nature est personnifiée dans le discours écoféministe

[2Se rappeler que déprédation implique l’idée de dommage causé au bien d’autrui, souvent par malveillance, ou d’appropriation illégitime, conformément à l’étymologie latin praeda, proie, butin de guerre ; comparer à un animal prédateur

[3la ferme écologique du Bec Hellouin, située en France, en est un exemple https://www.fermedubec.com/la-permaculture/les-outils/

[4Louis-Jean Cormier, Tout le monde en même temps, album Les Grandes Artères, 2015



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