L’histoire
d’une idée, la genèse d’un mouvement citoyen
par
Pierre Henrichon, ATTAC-Québec, 2000
| Avant-propos
L’Association québécoise
pour la taxation des transactions financières pour l’aide aux citoyens,
-une association non partisane mieux connue sous l’appellation ATTAC-Québec
-, est née en 1999 dans le sillage du déploiement des activités
d’ATTAC en France. Elle prépare maintenant son Congrès
de fondation qui se tiendra à Montréal le 8 avril 2000.
Créée par six personnes au début de 1999 et ayant
engagé ses premières manifestations publiques à l’automne
de la même année dans le cadre de la campagne internationale
pour exiger un moratoire sur les négociations à l’Organisation
mondiale du commerce, ATTAC-Qc compte maintenant près de 100 membres
et autant de sympathisants actifs. Parce que ATTAC se veut résolument
internationaliste tout en déployant principalement son action au
Canada, il convient de situer cette organisation locale dans l’ensemble
du mouvement international qui se donne expressément pour but, comme
Ignacio Ramonet en appelait de ses vœux en décembre 1997 dans les
pages du Monde diplomatique, de « désarmer les marchés
». Au cœur de cette lutte, se trouve la revendication pour
la mise en place d’une taxe sur les transactions sur les marchés
des changes, mieux connue sous le nom de « taxe Tobin ».
Nous centrerons donc la discussion autour de cette revendication, devenue
emblématique des débats sur les moyens à prendre pour
contrer l’instabilité des marchés financiers et leur domination
sur l’économie réelle, celle qui, selon les termes de l’économie
classique, assure la production des biens et des services destinée
à servir d’assise au bien-être matériel des populations
du globe. Le présent texte poursuit donc les objectifs suivants
:
-
retracer les origines
du mouvement internmational en vue de la mise en place d’une taxe sur les
transactions sur le marché des devises ;
-
faire l’état des lieux
des divers acteurs en présence et de leurs principales propositions
politiques ;
-
faire l’inventaire des actions
et des débats à venir;
-
décrire – dans leurs
grandes lignes – les principales contradictions, forces et faiblesses du
mouvement ;
-
présenter les axes de
développement d’ATTAC-Québec.
Ce texte se veut aussi une contribution
à la clarification des enjeux et de l’orientation de ce mouvement
tant au Québec qu’au Canada et à la définition de
l’orientation des liens que le mouvement québécois devrait
établir avec les organisations extérieures. |
1. Origines économiques,
institutionnelles et politiques
Afin de bien comprendre le
mouvement actuel en faveur de l’imposition d’une taxe sur les transactions
dans le marché des devises (Forex Market), il faut de remonter aux
origines de cette proposition et de sa « récupération
» par les divers acteurs sur la scène internnationale, acteurs
que nous retrouverons tout au long de cet exposé.
1.1 Les accords de Bretton
Woods
Au sortir de la Deuxième
Guerre mondiale, il convenait de remettre les économies occidentales
sur pied. Tout devait donc être fait pour favoriser le commerce
mondial : abattre les mesures protectionnistes, assurer des crédits
aux pays dévastés pour leur permettre de faire redémarrer
leur économie, stabiliser les marchés financiers. C’est
ainsi que sont nés le GATT (General Agreement on Trade and Tariffs
– l’ancêtre de l’Organisation mondiale du commerce), le Fonds monétaire
international (FMI) et la Banque mondiale. De plus, les accords de
Bretton Woods ont mis en place un système monétaire international
fondé sur le dollar américain dont la valeur était
garantie par l’or engrangé par la Réserve fédérale
américaine. La valeur des devises nationales (le franc, la
livre sterling, le mark, le yen, etc.) était ainsi alignée
sur le dollar US et seule une mince plage de fluctuation était tolérée.
Le système était solide : en effet, les Américains
détenaient 75 % des réserves d’or mondiales et les États-Unis
exportaient massivement vers les pays d’Europe. Le dollar américain
était en forte demande puisque sa valeur était garantie par
l’or, le gouvernement américain s’étant engagé à
échanger ses dollars contre de l’or.
Mais il arriva ce qui devait
arriver. Les économies européennes et japonaise se
sont rapidement développées et ont commencé, elles
aussi, à exporter massivement. D’exporateurs, les États-Unis
sont devenus importateurs, ce qui a eu pour effet d’augmenter le nombre
de dollars US en circulation dans le monde. De plus, au début
des années 70, l’augmentation rapide du prix du pétrole par
les pays de l’OPEP a mis en circulation des dizaines, voire des centaines,
de milliards de dollars US dans les poches d’investisseurs avides de rendement.
Le dollar américain subissait d’énormes pressions. Pressentant
une baisse de la valeur du dollar, les gouvernements français et
anglais ont demandé à la Réserve américaine
de racheter les dollars contre l’or, tel que le voulaient les accords de
Bretton Woods. La ruée fut si forte que le plancher de la
salle de pesée de l’or de la Banque d’Angleterre s’est effondré
sous le poids des lingots...
Le gouvernement américain
ne pouvait rester passif devant une situation qui risquait d’entraîner
l’effondrement de sa devise. C’est alors qu’en 1972, le président
d’alors, Richard Nixon, annonça que les États-Unis abandonnait
l’étalon or. Cela eut pour conséquence immédiate
non seulement de contrer la ruée sur l’or et la baisse de la valeur
du dollar, mais aussi de transformer toutes les devises nationales en marchandises
dont le prix fluctuerait à l’instar des autres biens sur le marché.
Cela mettait brutalement fin à la parité des devises et provoqua
de violentes fluctuations de leur valeur, alimentant ainsi les visées
spéculatives des investisseurs. La volatilité risquait
alors de s’installer à demeure sur le marché des devises.
C’est alors qu’intervint
un économiste américain de renom, James Tobin, qui, craignant
les effets néfastes de la volatilité des devises qu’induirait
la spéculation, a proposé de taxer les transactions sur ce
marché. Tobin ne visait que la maîtrise de la volatilité
des devises, volatilité vue comme étant défavorable
au commerce international d’une part et à la maîtrise d’oeuvre
d’une politique monétaire cohérente par les autorités
gouvernementales par le biais de leur banque centrale, d’autre part.
Il suggérait que les revenus tirés de cette taxe pourraient
être versés à une organisation internationale telle
que l’ONU sans insister, puisque là n’était pas le but de
la taxe.
| ENCADRÉ 1
La taxe Tobin, une arme économique
Une taxe sur les transactions
monétaires serait un élément stratégique de
la politique de financement à l'échelle planétaire
car elle permet :
· de réduire
à court terme la spéculation sur les taux de change et les
flux de capitaux,
· d’accroître
l’autonomie de la politique nationale,
· de rétablir
la capacité d'imposition des États nations touchés
par la globalisation des
marchés.
La taxe est une formule simple
et attractive pour réduire les flux déstabilisants. La base
des rentrées fiscales consiste en des transactions dans les deux
sens à très court terme et des transactions d'arbitrage financier
dans le marché interbanques. Plus la fréquence des transactions
est élevée, plus la taxe est importante. Son intérêt
réside en ce qu’elle réduit les transactions à court
terme sans gêner le commerce international, les mouvements de capitaux
à long terme ou les ajustements des prix des monnaies basés
sur les variations économiques réelles. Le poids sur le «
commerce normal » ne serait pas significatif grâce au faible
taux de la taxe : 0,1 à 0,5% (suivant la proposition). D’après
un calcul des Verts allemands, si l’on part d’un taux d'imposition de 0,2%,
un spéculateur qui travaille sur une base journalière serait
imposé à 48% par an ; un investisseur sur une base hebdomadaire
paierait 10% par an, et sur une base mensuelle seulement 2.4 %. Comme
40% des transactions monétaires s’effectuent en moins de deux jours
et 80% en moins d’une semaine, la taxe aurait un effet modérateur.
La taxe vise le centre de
l’instabilité financière moderne – les marchés de
change « post Bretton Woods ». Le passage aux taux de changes
flottants, la déréglementation des échanges et des
marchés financiers et l’introduction d’une nouvelle technologie
ont provoqué une expansion considérable des marchés
des changes. Les taux de changes instables permettent une spéculation
importante sur les places boursières, sur les marchés des
options et sur les marchés correspondant d’arbitrage des intérêts.
Les essais isolés de pays pour accroître la stabilité
de leur taux de change par des stabilisations monétaires ou des
« ancrages » impliquent des sommes d’argent considérables
: il est nécessaire d’accumuler et de maintenir d’énormes
réserves internationales afin d’intervenir dans les marchés
monétaires et de maintenir des taux d’intérêt locaux
extrêmement élevés qui attirent les capitaux étrangers.
Des tentatives de ce type, soutenues par le FMI dans les années
90 en Asie et dans les pays d’Amérique Latine, ont généralement
échoué. Réduire l’instabilité apportera plus
de sécurité, moins de mesures de protection, moins de ressources
financières mal dirigées, et une instabilité plus
faible pour les variables macro-économiques clés dans leur
ensemble. Le capital devrait se tourner vers des investissements à
long terme plus productifs, avec des gains eux aussi plus élevés.
Source : OXFAM, Grande-Bretagne,
L’heure de la taxe Tobin a-t-elle sonné ? |
| ENCADRÉ 2
La taxe Tobin, un outil de
développement
Les sommes que pourraient
permettre d’amasser sont tout simplement colossales. En effet, quand
on sait qu’en 1998, c’est plus de 1 8000 milliards de dollars qui se sont
transigés sur les marchés des changes, une taxe d’à
peine 1/4 d’un pour cent, pourrait générer des revenus de
plus de 150 milliards par année. Quand on sait que, selon
le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), il
suffirait de 40 milliards par année pour éliminer la pauvreté
sur l’ensemble de la planète on mesure bien quel puissant levier
de développement cet impôt peut représenter.
Le tableau ci-dessous illustre le mécanisme de la taxe à
un taux de 0,25 %. Comme on le constate, ce sont les transactions
à court terme, généralement spéculatives, qui
sont surtout touchées. L’économie réelle, caractérisée
par des transactions sur les moyen et long termes, est, à toutes
fins utiles, épargnée.
Effet d’une taxe Tobin de
0,25 % sur une transaction de 1 million $ (aller-retour)
Type d’instrument financier
Somme perçue par période Taux annuel réel de la taxe
Calcul de la taxe
Obligation – 10 ans 5 000
$ sur 10 ans, soit 500 $ par année. 0,05 % 0,25 % x 2 fois, divisé
par 10 ans
Obligation – 1 an 5 000
$ par année 0,5 % 0,25 % x 2 fois, divisé par 1 an
Obligation – 90 jours 5
000 $ par trimestre 2 % 0,25 % x 2 fois x 4 trimestres
Obligation – 30 jours 5
000 $ par mois 6 % 0,25 % x 2 fois x 12 mois |
Transaction quotidienne
(overnight) 5 000 $ par jour 120 % 0,25 % x 2 fois x 240 jours ouvrables
Source : DILLON, John, Turning
the Tide. Confronting the Money Traders. Ecumenical Coalition
for Economic Justice, publié par Canadian Centre for Policy Alternatives,
Ottawa, janvier 1997, p. 96.
Seules les transaction faites
quotidiennement – et l’horizon de bien des transactions spéculatives
se compte en minutes – se voient imposer un taux annuel de taxe supérieur
à TPS ou à la taxe sur la vente québécoise
(TVQ). Pourquoi ces transactions seraient-elles libres de taxes alors
que l’achat de quelque bien ou service n’y échappe pas ? Y
aurait-il deux catégories de contribuables ? |
| ENCADRÉ 3
La taxe Tobin, une arme politique
« Combattre en faveur
de la taxation des transactions sur les marchés des changes, c’est
affirmer la nécessité de démanteler le pouvoir de
la finance et de ré-établir une réglementation publique
internationale. En tant qu’impôt sur les transactions de change
à but spéculatif, la taxe Tobin institue une forme de relation
entre public et privé toute différente du type de collusion
entre la politique et la finance que nous vivons quotidiennement […].
Taxer les opérations de change pour pénaliser la spéculation,
contrôler les mouvements de capitaux à court terme, ce serait
adresser un avertissement politique fort aux principaux acteurs économiques
; ce serait affirmer que l’intérêt général doit
l’emporter sur les intérêts particuliers et les besoins du
développement sur la spéculation internationale. La
stabilité financière internationale qui serait introduite
par la taxe sur les opérations de change aurait une portée
particulièrement grande pour les pays à devises faibles,
qui subissent à la fois les contrecoups de l’instabilité
entre les grandes devises – c’est le cas pour les pays d’Asie qui souffrent
de la grande instabilité du taux de change entre le yen et le dollar
– et les effets de la défiance à l’encontre de leurs propres
monnaies. Ce sont là de très bonnes raisons pour défendre
la taxe.
F. Chesnais, Tobin or not
Tobin, pp. 9-10. |
1.2 La crise financière
de l’ONU
La proposition faite par
Tobin fut à peine discutée dans les cercles universitaires
et parmi les spécialistes . Un silence médiatique complet
a réussi à presque faire oublier ces propositions.
Ce n’est qu’à la fin des années 80 que, à la faveur
de l’aggravation de la situation financière de l’ONU, l’idée
de taxes internationales, dont la taxe Tobin, ont fait l’objet d’un intérêt
renouvelé et d’un débat public.
Depuis sa création,
les cotisations des États membres ont financé les activités
de l’ONU. Mais depuis environ 15 ans, plusieurs États ont
omis – ou refusé – de payer leur quote-part. La crise depuis
lors n’a cessé de s’aggraver. En 1997, les arriérés
de cotisations des membres totalisaient 2,366 milliards $, dont 1,469 milliard
$ des États-Unis, 248 millions $ de l’Ukraine et 237 millions $
pour la Russie. Les Américains refusent de payer leur quote-part
parce qu’ils réclament des réformes radicales de l’ONU.
À cela s’ajoute le fait que l’aide publique au développement
ne fait que diminuer, aggravant la situation dans les pays les plus pauvres.
Le système de financement par les États continue de s’écrouler
alors que les besoins à l’échelle planétaire ne vont
qu’en s’accentuant. Dans le court terme, la crise ne peut être
résorbée que par l’amélioration du système
de cotisations des états membres. Or, à une époque
où les États sont pressés de couper leurs dépenses,
plusieurs ont argué qu’il était impérieux de trouver
des modes alternatifs de financement de l’ONU et d’autres agences mondiales.
On a ainsi vu de nombreuses
propositions de mise en place de taxes mondiales : sur les hydrocarbures,
sur l’utilisation des ondes, sur les transactions fincnières dans
les marchés de change, sur l’utilisation commerciale des océans,
sur l’extraction des minerais, sur l’utilisation des produits forestiers,
sur les voyages internationaux par avion et bateau. On a même
suggéré une loterie. C’est donc dans ce contexte
que la taxe Tobin a été remise à l’ordre du jour au
sein des agences de l’ONU et parmi les divers acteurs de l’aide au développement
à travers le monde.
1.3 Le triomphe
du néolibéralisme et les turbulences financières
Nous n’analyserons pas ici
ni les causes, ni les effets sociaux et économiques des crises financières
et l’endettement des États qui ont ébranlé le monde
depuis les années 80. Après les défauts de paiement
des pays d’Amérique latine aux débuts des années 80,
la crise mexicaine en 1994 et la crise qui secoue encore l’Asie, le Brésil
et la Russie, plusieurs analystes et chefs d’État ont commencé
à craindre une débâcle générale.
Outre leurs inquiétudes quant aux problèmes de rigueur, de
transparence et la prévarication affligeant plusieurs pays, ils
sont de plus en plus nombreux à vouloir mettre en place des modes
de régulation du marché après une libéralisation
galopante.
Dans un contexte où
le chaos caractérise l’économie du monde ; dans une situation
où le laisser-faire inhérent aux ajustements structurels
imposés par les institutions financières internationales
balaie les maigres services publics encore existants et où l’endettement
des pays en voie de développement est endémique ; dans une
conjoncture qui se caractérise par l’accentuation des écarts
entre, d’une part, pays riches et pays pauvres et, d’autre part, nantis
et économiquement faibles dans les pays industrialisés, les
prises de conscience se radicalisent, les revendications se multiplient.
C’est ainsi que des groupes de citoyens, alarmés par le pouvoir
sans cesse croissant des intérêts privés réduisant
comme peau de chagrin la marge de manoeuvre des autorités publiques,
revendiquent un renversement des perspectives : le politique doit dominer
l’économique, l’économie ne doit plus être au seul
service du capital mais se mettre au service des hommes et de la société
en général. La taxe Tobin est alors vue comme étant
un des nombreux moyens à mettre en oeuvre pour ralentir la spéculation,
responsable en grande partie des turbulences sur les marchés et
d’assurer une distribution plus équitable des richesses de la planète.
La taxe Tobin est revendiquée de concert avec d’autres mesures visant
l’élimination de l’évasion fiscale pratiquée par les
grandes multinationales et les investisseurs institutionnels, la mise en
place de mesures favorisant une plus grande équité fisacle
et, enfin, une prise en main démocratique des destinées de
la planète.
On comprendra donc que plusieurs
intérêts sont en jeu, que de nombreux acteurs interviennent
et que de multiples dynamiques s’entrecroisent au sein de mouvement pour
la mise en place de la taxe Tobin.
2. Les acteurs en
présence
Avec le portrait que l’on
vient de dessiner, on se doute bien que les acteurs intéressés
par une taxe sur les transactions financières sont nombreux.
Dans le cadre du présent texte, nous n’aborderons ici – et cela
très brièvement – que les acteurs suivants : les organisations
internationales (surtout celles du système de l’ONU), les États,
les partis politiques, les syndicats, les ONG internationales et nationales,
les regroupements de citoyens.
2.1 Les organisations
internationales
Comme nous l’avons vu, beaucoup
de la discussion autour de la taxe Tobin s’inscrit dans le débat
sur la mise en place de modes de financement alternatif de l’ONU.
Mais cette recherche de mode
de finacement alternatif suscite de nombreuses controverses :
- si l’ONU a des modes autonomes
de financement, quel contrôle pourront exercer les États-membres
;
- les revenus d’une telle
taxe proviendront surtout des pays développés, là
où se trouvent les grandes places financières : ces pays
n’accepteront pas de lever une telle taxe si une part – probablement importante
– ne leur est pas réservée ;
- quel contrôle démocratique
pourra être exercé sur la gestion de ces fonds. Les
remettre aux agences spécialisées de l’ONU signifie que l’on
donne à des technocrates le mandat de gérer des fonds sans
contrôle d’aucune instance élue.
Ces objections n’ont pas
empêché des agences de l’ONU de prendre position en faveur
de la taxe Tobin. C’est ainsi que, dès 1992, Ruben Mendez
du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) a publié
une longue étude sur les modes alternatifs de financement.
C’est aussi sous les auspices du PNUD que David Felix, un éminent
professeur d’économie, a publié une importante étude
sur la taxe Tobin . En 1995, le PNUD organisait un séminaire
où la plupart des textes déposés prenaient position
sur la taxe Tobin. (Ces textes ont été regroupés
dans un livre portant sur la taxe Tobin publié par le Oxford University
Press.). L’ UNDP a également stimulé le débat
en 1994 et 1995 dans le cadre de son rapport sur le développement
humain de plusieurs autres textes d’orientation. Par la suite,
un groupe d’experts chargés d’étudier les modalités
de financement des ententes du Sommet de l’environnement de Rio ont également
retenu l’idée de modes alternatifs de financement.
Notons aussi que ces questions
furent débattues lors des séances préparatoires au
Sommet sur le développement social de Copenhague, bien que les documents
finaux en fassent à peine mention. Mentionnons aussi que suite
à des pressions des États-Unis et à des coupures par
les Américains de leur financement du PNUD, celui-ci a presque totalement
abandonné la discussion sur les modes alternatifs de financement.
Il est d’ailleurs à noter que le gouvernement américain a
été saisi d’un projet de loi – présenté par
le sénateur Helms – qui visait à interdire les États-Unis
de financer toute organisation internationale qui mettrait de l’avant des
propositions de finacement autonome et de staxes mondiales. Bien
que la loi qui fut finalement adoptée ait été quelque
peu adoucie, elle n’en a pas moins lancé un signal clair aux agences
internationales.
2.2 Les ONG
Le débat agonisant
au sein de l’ONU et de ses agences suite aux pressions menées par
les États-Unis, les ONG ont pris le relais.
C’est ainsi, par exemple
qu’en 1995, ECAAR (Economists Allied for Arms Reduction) a tenu des
conférences à New York et Rotterdam pour stimuler le débat
sur les modea letrnatifs de finacement. La même année,
la Commission mondiale pour le finacement de l’ONU (Global Commission to
Fund the United Nations) a publié un numéro spécial
de sa revue Futures qui fut ensuite publié sous forme de livre.
En 1995, 620 organisations
de la société civile signent la déclaration alternative
de Copenhague (dans le cadre du Sommet de 1995) endossant l’idée
de taxes mondiales. Une résolution sur les taxes mondiales
a également été adoptées par les ONG présentes
au Sommet sur les femmes à Pékin. En 1997, les
Recommandations RIO+5 : Managing Systems for Sustainable Development) contenaient
également une longue discussion de la question des taxes mondiales.
Dès 1995, dans le cadre de la préparation du Sommet du G7
à Halifax, une large coalition, le Halifax Initiative, a été
mise en place pour revendiquer l’élimination de la dette des pays
en voie de développement ainsi que la mise en place de la Taxe Tobin.
La déclaration des ONG environnementales à l’occasion de
la Ve conférence des ministres de l’environnement des pays de l’OCDE
présente aussi l’alternative nécessaire des taxes mondiales.
On le voit, la majorité
des ONG soucieuses de mettre fin à l’aggravation des conditions
de vie et de travail de la grande masse des populations des pays en voie
de développement, revendiquent une forme ou une autre de régime
de taxation internationale susceptible de mettre fin à la domination
des marchés financiers sur les sociétés et de permettre
la collecte de revenus pouvant contribuer à mieux lutter contre
la pauvreté, la dégradation de l’environnement, et financer
les services d’éducation, les soins de santé, etc.
On verra que cet appui massif
peut infléchir considérablement les propositions quant à
la collecte, le recouvrement et la distribution des revenus que l’imposition
d’une telle taxe pourrait générer.
2.3 La lutte contre l’AMI
et le développement d’ATTAC
La prise en main de la revendication
pour la mise en place d’une taxe sur les transactions financières
par des regroupements de citoyens, des coalitions d’ONG, de syndicats et
d’organisations religieuses repose sur d’importantes impulsions liées
aux succès organisationnels, idéologiques et politiques de
la lutte contre l’AMI et aux crises financières sucessives qui ont
marqué l’actualité depuis la crise les crises monétaires
en Europe en 1992 et 1993 et la chute du peso mexicain à la fin
de 1994.
En effet, la « victoire
» de la lutte contre l’AMI - qui a vu se mettre en place un réseau
international de lutte comme on en avait rarement vu – a su catalyser les
individus et organismes qui y ont participé en démontrant
qu’il était possible non seulement d’infléchir mais aussi
de faire mettre au rancart des politiques anti-populaires et anti-démocratiques.
Par ailleurs, la situation des marchés financiers a dramatiquement
montré les conséquences néfastes d’une libéralisation
à tous crins des marchés et de l’importance – devenue déraissonable
et incontrôlable – des opérations spéculatives sur
le marché des devises. En décembre 1997, Ignacio Ramonet,
directeur du Monde Diplomatique lançait un appel à la création
d’un vaste mouvement international en faveur de l’imposition d’une taxe
sur les transactions sur le marché des devises. Mais à
la différence des organismes de l’ONU et des ONG qui y avaient vu
une source de financement pour les activités de l’ONU, Ramonet conférait
à cette lutte d’autres dimensions :
-
l’affirmation de la primauté
du politique sur l’économique ;
-
la nécessité de
mettre du « sable dans l’engrenage des marchés » non
seulement dans le but d’enrayer les effets les plus néfastes de
la spéculation mais surtout pour redonner aux États la possibilité
de définir une politique monétaire conséquente, nécessité
démocratique essentielle ;
-
les revenus de la taxe seraient
consacrés à la lutte contre la pauvreté, à
l’approvisionnement en eau potable pour l’ensemble de l’humanité,
pour la dignité en matière d’habitat, pour la mise en place
de soins de santé, pour l’éducation. Bref, c’est à
un vaste chantier de redressement social et économique auquel Ramonet
conviait toutes les énergies citoyennes.
À peine quelques
semaines plus tard, on assistait à la naissance en France d’une
organisation – ATTAC – qui allait rapidement regrouper plus de 12 000 adhérents
en France seulement, regroupés dans plus de 80 associations locales.
Cette initiative devait faire boule de neige. Rapidement, des groupes
semblables se mettaient en place en Belgique, en Suisse romande, en Italie,
au Brésil, au Portugal, en Tunisie, au Sénégal, aux
États-Unis, à la faveur à la fois des contacts faits
dans le cadre de la lutte contre l’AMI mais aussi des éditions en
langues étrangères (italien, espagnol, arabe, grec, portugais,
anglais) du Monde diplomatique.
Dès décembre
1998, était organisée une première rencontre internationale
à laquelle ont participé des représentants de 10 pays
: Philippines, Corée du Sud, Brésil, Mexique, Sénégal,
Italie, Finlande, Belgique, Suisse et France. Cette réunion
se donnait quatre principaux objectifs :
-
permettre une première
prise de contact ;
-
débattre de l’orientation
;
-
décider de la manière
de travailler ensemble ;
-
fixer le calendrier des initiatives
prévues ou à envisager.
Les participants ont décidé
entre autres choses de constituer le « Mouvement international pour
le contrôle démocratique des marchés financiers et
de ses institutions ». De plus, il a été prévu
d’organiser une rencontre internationale à Paris au mois de juin
1999 avec pour objectif de réuniir 2 000 personnes.
En mars 1999, avait lieu
à Bangkok la première réunion du International Tobin
Tax Network (ce réseau a été créé par
une vingtaine d’ONG et 14 parlementaires à l’occasion d’une conférence
sur le thème de la souveraineté économique et la mondialisation.
Plus près de nous,
au Canada, il existe deux entités distinctes qui luttent pour la
mise en place d’une taxe sur les transctions financières : Halifax
Initiative et ATTAC-Québec.
Halifax Initiative est une
vaste coalition surtout présente au Canada-anglais qui regroupe
des groupes humanitaires, religieux, écologistes, populaires et
progressistes. Leur action a réussi à convaincre le
NDP et le Bloc Québécois de défendre à la Chambre
des communes une motion enjoignant le Canada de faire des pressions sur
la scène internationale pour la mise en place d’une taxe sur les
transactions financières, motion qui, à la surprise de plusieurs,
fut adoptée. Nous reviendrons sur le sens qu’il faut donner
à cette adoption dans la section sur les États.
Cette coalition est bien
organisée, a gagné beaucoup de crédibilité
auprès du mouvement international et entretient des contacts étroits
avec une organisation similaire qui se met présentement sur pied
aux États-Unis. Curieusement toutefois, la coalition est complètement
absente du Québec. C’est ce qui explique la mise en place
d’ATTAC-Québec.
| ENCADRÉ 4
Une majorité de députés
appuie un projet de taxe sur les transactions
OTTAWA (PC) - Des députés
de tous les partis à la Chambre des communes, dont le ministre des
Finances Paul Martin, appuient une motion favorable à l'adoption
d'une taxe sur les transactions financières internationales.
Mais tous n'ont pas voté
pour les mêmes raisons et personne, du reste, ne s'attend à
ce que le projet ne suscite de sitôt l'engouement de la communauté
internationale.
Imaginée par l'économiste
américain James Tobin, prix Nobel d'économie, cette taxe
serait appliquée à toute transaction financière internationale
dans le but avoué de freiner la spéculation monétaire
et la fuite des capitaux des économies plus faibles.
Les sommes perçues
serviraient à financer des projets internationaux tel que des programmes
environnementaux ou d'aide au développement.
Les députés
des Communes ont voté mardi à 164 contre 83 en faveur d'une
motion déposée par le néo-démocrate Lorne Nystrom
et appelant Ottawa à adopter la "taxe Tobin" de concert avec la
communauté internationale[…].
© La Presse Canadienne,
1999 (25 mars 1999) |
À l’heure actuelle,
ATTAC-Québec est une organisation regroupant une centaine de personnes
qui tente de faire connaître au Québec la revendication d’une
taxe sur les transactions financières sur le marché des devises
et l’abolition des paradis fiscaux. En très peu de temps,
ATTAC-Québec a su tisser des liens étroits avec deux importantes
organisations populaires ayant un rayonnement à travers tout le
Québec : Solidarité Populaire Québec (SPQ) et Alternatives.
De concert avec le SPQ – qui regroupe plus de 130 organismes populaires
et syndicaux à travers le Québec – ATTAC-Québec mène
une réflexion sur les modalités d’application d’une telle
taxe. De plus, il entend participer aux nombreux ateliers de formation
qui seront organisés par le SPQ dans les mois à venir.
Aux États-Unis, nous
connaissons au moins deux importants regroupements reprenant à leur
compte la revendication d’une taxe Tobin. Implanté en Californie,
l’organisme Center for Environmental Economic Development a lancé
ce qu’il appelle Le Tobin Tax Initiative qui se veut un lieu de réflexion
sur la taxe Tobin. Par ailleurs, une coalition de 15 groupes, basée
à Washington, – le Tobin Tax Advisory Committee – s’est donnée
pour tâche de mener la lutte dans le cadre de leur appui au projet
de loi sur le développement durable présenté par le
représentant démocrate au Congrès américain,
Bernie Sanders .
Comme on le verra plus loin,
ce foisonnement ne va pas sans poser d’importants problèmes organisationnels,
idéologiques et politiques.
2.4 Les États
Bien que les informations
sur les positions des États soient souvent plus difficiles à
obtenir, il n’en demeure pas moins que nous savons que plusieurs états
ont soulevé et défendu la nécessité :
-
de trouver des moyens alternatifs
de financement de l’ONU ;
-
d’assurer une régulation
des marchés financiers afin de limiter la spéculation et
la fuite des capitaux.
C’est dans ces différents
contextes que la taxe Tobin a été soulevée comme étant
une mesure poossible, voire souhaitable. Voici quelques exemples
des positions prises par des représentants officiels de certains
États dans les denrières années.
En octobre 1995, à
l’occasion de son discours à la session plénière des
Nations Unies, François Mitterand a soulevé la question d’un
finacement alternatif de même que les représentans de la Malaisie,
du Pakistan, de la Suède et de l’Australie. Le 21 novembre
1995, Nicolaas Biegman, le représentant permanent des Pays-Bas invitait
30 délégations à un dîner de travail portant
sur la question du financement alternatif. Il était assisté
par le représentant de l’Autriche, Ernst Sucharipa, vice-président
du groupe de travail d el’ONU sur les finances. La question fut encore
soulevée par le Secrétaire général de l’ONU
dans divers discours prononcés en 1996. Le 24 mai, l’Assemblée
générale adoptait une motion enjoignant le SG de présenter
un rapport proposant des moyens innovateurs de financement. Le 28
juin de la même année, le ministre des Affaires étrangères
de l’Autriche, Benita Ferrero-Waldner, appelait à la mise en place
de nouveaux mécanismes de financement dont une taxe sur les transactions
financières.
L’administration Clinton
a exprimé son opposition à toute proposition pouvant ressembler
à une taxe. Il en va de même d’institutions internationales
comme le Fonds Monétaire International. Malgré des pressions
américaines visant l’élimination de tout débat sur
un financement global, l’Union européenne poussait dans la direction
contraire. L’Union proposait même de lever unilatéralement
des taxes sur les transports aériens et sur les émissions
des gaz à effet de serre.
Notons aussi que le Groupe
des 77, appuyé par la Chine, semble être favorable à
la mise en place de moyens de financement alternatifs de l’ONU, dont des
taxes internationales, mais leur position reste vague.
Outre le Canada, la Finlande
propose dans son programme gouvernemental la mise en place d’une taxe Tobin.
Sur un autre plan, le Chili impose une lourde taxe aux capitaux étrangers
investis qui quittent le pays avant un an. La Malaisie impose de
pareilles pénalités en vue d’enrayer la fuite des capitaux.
2.4.1 Motivations des
États
Il convient de préciser
qu’il risque d’y avoir autant de motivations qu’il y a d’états.
Nous pouvons toutefois tenter de dresser une liste des raisons pouvant
amener certains États à appuyer des taxes internationales
:
-
les pays en voie de développement
y voient un moyen de financer l’aide au développement. Ils
constatent que les agences des Nations Unies sont de plus en plus démunies
devant les besoins et que les Nations Unies sont en pleine crise financière.
De plus, l'aide publique au développement ne cesse de s’étioler,
pour être remplacée par les investissements privés,
lesquels ne privélégient qu’une dizaine de pays.
-
certains pays dont le Canada
y voient un moyen de contrer la spéculation sur leurs devises ;
-
certains pays, dont peut-être
le Canada, y verraient un moyen d’augmenter leurs recettes, soit pour baisser
les impôts chez eux, soit pour remplacer les sommes qu’ils allouent
à l’aide internationale.
Ces motivations diverses, souvent
contradictoires, auront nécessairement un effet sur les possibilités
de succès d’adoption d’une taxe Tobin à l’échelle
internationale. En effet, puisque les revenus de la taxe viendront
essentiellement des pays où sont concentrées les transactions
sur le marché des devises – États-Unis, Angleterre, Allemagne,
France, Japon, Hong-Kong – les pressions seront fortes pour qu’une part
importante reste dans ces pays.
De plus, si cette taxe est
vue comme un moyen alternatif de financement des Nations Unies, cela pose
plusieurs problèmes :
-
la charte de l’ONU lui permet-elle
d’imposer des taxes ?
-
les organismes internationaux
sont normalement financés par leurs membres. Que répondre
à ceux qui soutiennent qu’un financement autonome mine la possibilité
des États membres de « contrôler » les activités
de l’organisation ? Cela peut-il contrer un contrôle démocratique
de l’organisme par ses membres ?
-
les États-Unis qui contribuent
au budget des Nations-Unies à la hauteur de 25 % risquent de ne
jamais accepter que le contrôle financier leur échappe, contrôle
qu’ils utilisent d’ailleurs de manière brutale en retenant plus
d’un milliard de leurs cotisations en vue d’imposer des réformes.
Par ailleurs, en supposant qu’une
taxe sur les transactions financières soit levée hors du
giron de l’ONU et qu’elle soit vue principalement comme un moyen de stopper
la spéculation, les questions suivantes se posent :
-
qui assurera la perception et
le recouvrement de la taxe : un organisme supra-national ou les États-nations
?
-
si ce sont les pays, les pressions
ne seront-elles pas fortes pour que les revenus demeurent dans les pays
où elles sont perçues ?
-
le mouvement de revendication
de mise en place d’une telle taxe se contentera-t-il que la taxe ne soit
utilisée que pour contrer la spéculation et garnir les coffres
des états où se trouvent les principales places financières
du monde ?
3. Actions à
venir
3.1 Au Canada
À la suite de l’adoption
de la motion sur la taxe Tobin à la Chambre des Communes, voici
ce que les organisateurs du Halifax Initiative propose comme actions :
-
écrire aux députés
et à Paul Martin pour leur demander des tenir des audiences publiques
(au sein du comité des finances ou des Affaires étrangères)
sur la taxe et les actions du gouvernement du Canada sur la scène
internationale ;
-
campagne de lettre auprès
des gérants et présidents des institutions bancaires ;
-
campagne auprès du président
de la Banque du Canada.
Il est également fait
mention que le Halifax Initiative travaillera à l’échelle
internationale pour organiser un Parlement intrenational sur la taxe où
« siègeront » des parlementaires sympathiques à
une telle mesure fiscale. La coalition canadienne participe également
aux travaux d’un réseau international sur la taxe Tobin mis en place
en mars à Bangkok.
Au Québec, ATTAC-Québec
entend mener une action plus militante et concertée, et ce, aux
échelles tant locale, provinciale et nationale qu’internationale
:
-
faire une veille sur les activités
du gouvernement du Canada sur la scène internationale en ce qui
a trait à la mise en place d’une taxe sur les transactions financières
et l’abolition des paradis fiscaux ; mener des campagnes incessantes pour
que le gouvernement canadien agisse de manière congruente par rapport
à la motion adoptée favorisant la mise en place de la taxe
Tobin ;
-
mener une large campagne de
sensibilisation sur les effets de la spéculation, le fonctionnement
des marchés financiers, la nécessité de mesures fiscales
internationales, l’abolition des paradis fiscaux et de la mise en place
d’un fonds international de développement ;
-
faire connaître les activités
du mouvement international en faveur de la taxe Tobin ;
-
organiser une conférence
internationale sur le « désarmement des marchés financiers
» à l’occasion du Sommet des chefs d’État des Amériques
et du Sommet des peuples qui se tiendra à Québec au printemps
2001.
| ENCADRÉ 5
Les paradis fiscaux
« L'infrastructure
financière s'est transformée, du fait des progrès
de la technologie et des communications, en un système mondial en
perpétuelle activité dans lequel "l'argent virtuel" (de simples
icônes sur un écran d'ordinateur) peut se déplacer
rapidement et facilement n'importe où dans le monde. L'univers des
centres financiers offshore et des pays et territoires à secret
bancaire fort constitue un élément clef de cette infrastructure,
mais peut aussi être considéré comme un système
ayant des composantes distinctes mais complémentaires et se renforçant
mutuellement, dont beaucoup sont facilement manipulables par les criminels.
»
Le mouvement international
ATTAC revendique la dislocation des paradis fiscaux qui servent de paravent
aussi bien à l’évasion fiscale d’une multitude d’entreprises
mais aussi facilitent le blanchiment d’argent. La carte ci-dessous
montre bien l’ampleur du phénomène. |
3.2 À l’échelle
internationale
À l’échelle
internationale, plusieurs actions ont récemment eu lieu qui démontrent
bien l’ampleur du mouvement :
-
le 20 janvier 2000, le Parlement
européen refusait d’endosser par une mince majorité de six
voix (par 229 voix contre et 223 pour) une résolution sur la taxation
des mouvements internationaux des capitaux ;
-
au Brésil, une coalition
avec en son sein 45 députés mènent une campagne sur
les contrôle des capitaux. Des audiences publiques officielles
ont été tenues l’été dernier :
-
deux parlementaires philippins
présenteront également une motion tout en tentant de
mener le débat au sein du Parlement régional de l’ASEAN et
de l’union parlementaire de l’Asie-Pacifique ;
-
une ONG de Grande-Bretagne a
lancé en mars une campagne en faveur de la taxe Tobin ; un groupe
de parlementaires anglais ont saisi le Parlement d’une motion endossant
la taxe Tobin ;
-
au début avril, le Parlement
australien a lancé une enquête parlementaire sur les répercussions
des transactions sur le marché des devises. Des ONG y feront
des représentations et plaideront en faveur de la taxe Tobin ;
-
plus de 200 organismes espagnols
mènent une campagne en faveur d’un revenu garanti dans le cadre
de laquelle ils invitent les politiciens à considérer la
taxe Tobin comme un moyen d’augmenter les recettes de l’État ;
-
en Belgique, 100 organismes
mènent une campagne sur la nécessité de mâter
les marchés. Parmi leurs propositions, se trouve la taxe Tobin.
Quatre partis politiques ont intégré cette revendication
à leur plate-forme.
-
un réseau finlandais
mène une étude de faisabilité sur la taxe Tobin et
tente de se gagner des appuis au sein du parlement européen.
-
pétition internationale
sur l’imposition d’une taxe sur les transaction sur le marché des
devises et interdiction des paradis fiscaux. Possibilité d’une
manifestation monstre à Bruxelles au printemps 2000.
4. Perspectives et contradictions
Du tableau sommaire que vous
venons de brosser, nous pouvons tirer les principaux constats suivants
:
1. La revendication pour
la mise en place d’une taxe sur les transactions financières se
fait de plus en plus d’adeptes dans plus en plus de pays. Le mouvement
s’amplifie.
2. Les perspectives d’action
internationales, même si elles se multiplient, demeurent floues.
De plus, la revendication n’est pas unifiée dans son libellé.
Pour le moment, la lutte se mène sur le principe d’une telle taxe.
Aucun débat approfondi n’a été tenu sur le taux d’une
telle taxe, ni sur ses modalités de perception, sa gestion ou sa
distribution. Bien qu’il soit nécessaire de mener la lutte
sur le terrain du principe, il importe également de soulever ces
questions de manière à unifier idéologiquement le
mouvement et ainsi mobiliser un plus grand nombre d'individus et d'organismes
autour de propositions claires.
3. Le mouvement repose sur
des coalitions d’organismes engagés sur de nombreux autres fronts
(anti-AMI, anti-FMI, anti-néolibéralisme, développement
alternatif, fonds éthiques, micro-crédit, droits du travail,
mise en place de politiques de consommation transnationales, etc.).
Cela ne peut, à terme, qu’affaiblir le mouvement. En effet,
il importe qu’à l’échelle nationale et internationale, il
existe un noyau dont la seule mission soit la revendication d’une taxe
sur les transactions financières d’aide aux citoyens et pour l’abolition
des paradis fiscaux. (C’est pour cette raison qu’ATTAC-Québec entend
demeurer fidèle à sa mission principale : « désarmer
les marchés financiers ».)
4. Cela ne surprendra personne,
mais les États-Unis représentent le principal obstacle à
la mise en place de moyens de régulation des marchés financiers
et de modes alternatifs de financement des organismes de l’ONU. Sans
un puissant mouvement en territoire américain, la lutte sera vaine.
De fortes pressions devront également venir de l’extérieur.
C’est pourquoi, une stratégie « d’encerclement » sera
nécessaire.
Congrès de fondation
– Montréal, 8 avril 2000
ATTAC-Québec se consolide
et se développe
Né presque spontanément
à l’initiative de six personnes qui engageaient en novembre 1998
des discussions sur la pertinence de mettre en place une organisation de
lutte contre l’instabilité financière et l’aggravation des
inégalités économiques partout dans le monde et au
Canada, ATTAC-Québec a vu ses adhérents se multiplier à
l’automne 1999 à la faveur de sa première manifestation publique
articulée autour de la campagne internationale contre la nouvelle
ronde de négociations de l’OMC qui devait s’ouvrir avec sa Conférence
ministérielle à Seattle à la fin du mois de novembre.
Ce sont 140 personnes qui répondaient à l’appel d’ATTAC à
Montréal le 3 décembre lors de sa première assemblée
publique.
Depuis lors, riche de près
de 100 membres cotisants répartis dans presque toutes les régions
du Québec, ATTAC constate la nécessité de consolider
ses acquis et de se transformer en un véritable centre de mobilisation,
d’information et de débats autour de l’impératif autant économique
que politique de lutte contre la toute-puissance des marchés financiers
et d’imposer des régulations susceptibles d’atténuer les
risques de chaos financier dont ces marchés sont, par leur nature
et leur dynamique mêmes, intrinsèquement porteurs. Voilà
pourquoi ATTAC-Québec mobilise ses énergies à la préparation
de son Congrès de fondation qui aura lieu le 8 avril à Montréal.
Les participants au Congrès
se prononceront alors sur les Statuts, la Plate-forme, des principes et
un plan d’action qui guideront le travail de l’organisation pour les 12
à 15 prochains mois. De plus, on y élira un Comité
de direction et décidera de la structure interne.
De grands enjeux
Le Congrès de fondation
sera en fait bien plus qu’une réunion de consolidation. Il
s’agira en effet de la première occasion qu’auront les membres d’ATTAC
de décider de l’orientation politique générale de
l’Association. C’est ainsi que les participants auront à asseoir
les bases de développement organisationnel d’ATTAC : l’Association
doit-elle ou non accueillir dans ses rangs des personnes morales – syndicats,
organismes ou groupes communautaires, etc. – ou doit-elle plutôt
demeurer un lieu de rassemblement et de mobilisation de citoyens individuels
? Quels liens doit-elle tisser avec ceux et celles qui, en dehors
de la grande région métropolitaine, veulent se regrouper
autour de sa plate-forme : liens de coordination et d’appui ou intégration
structurelle dans ses rangs ? De quels pouvoirs son comité
de direction doit-il être nanti pour assurer à la fois la
vie démocratique et l’efficacité de l’organisation ?
Au chapitre de ses axes d’action,
quelle place donner au travail parlementaire et comment le structurer tout
en conservant sa nature non partisane ? Quelles actions sont les
plus susceptibles à la fois de mobiliser le plus grand nombre de
personnes et d’amener le gouvernement canadien à œuvrer encore plus
activement en faveur de l’implantation d’une taxe sur les transactions
financières ? Sur quels thèmes ATTAC devrait-elle concentrer
ses efforts d’éducation ? Quelles formes ses activités
d’éducation devraient-elles prendre ? Comment assurer le développement
de notre crédibilité dans des dossiers de nature économique
et financière – souvent techniques et dominés par des experts
– sans tomber dans l’intellectualisme et l’ésotérisme «
scientifique »?
En plus d’intensifier ses
activités de recrutement, de financement et d’éducation,
ATTAC entend multiplier ses interventions dans les débats politiques
et idéologiques sur les questions relatives à la fiscalité,
à l’évasion fiscale, à la fiscalité internationale,
au secret bancaire et aux paradis fiscaux. Pour l’aider dans ces
tâches, ATTAC entend mettre en place un comité aviseur formé
d’universitaires, de spécialistes et de citoyens pour préparer
des avis sur l’ensemble de ces questions trop souvent passées sous
silence, débattues derrière des portes closes ou laissées
entre les mains d’experts. Car, comme l’affirme notre plate-forme,
il s’agit de se « réapproprier notre monde » lequel
est encore dominé par ceux qui n’y voient qu’un marché et
des marchandises.
Pour participer au Congrès,
il suffit de devenir membre. Faites parvenir un chèque de
10,00 $ à l’ordre de ATTAC-Québec, en mentionnant vos coordonnées,
à :
ATTAC-Québec
5744, ave. l’Esplanade,
Montréal (Qc) H2T
3A1
|
Pour en savoir plus
ATTAC-Québec : 5744,
ave. l’Esplanade, Montréal (Qc) H2T 3A1, 514-279-7364, http://www.altern.org/attacqc
ATTAC-France : http://www.attac.org
Global Policy Forum, New
York (Excellent site sur la taxe Tobin :http://www.globalpolicy.org/finance/alternat/)
Sur la crise financière
:
PLIHON, Dominique et CHESNAIS
François, Les ressorts cassés de la croissance - Une crise
systémique globale (http://attac.org/fra/cons/doc/inter1.htm)
CHESNAIS, François,
Regard critique sur le mouvement de concentration contemporain – (http://attac.org/fra/list/doc/chesnais.htm)
CHOSSUDOVSKY, Michel, «
Une frénésie spéculative qui ébranle les économies
réelles », Le Monde diplomatique, décembre 1997. (http://www.monde-diplomatique.fr/1997/12/CHOSSUDOVSKY/9632.html)
Sur les marchés financiers
:
La mondialisation des marchés
financiers, http://attac.org/fra/grou/doc/17/172.htm#mondial
Un texte de vulgarisation
pratique et facile.
CARRASCO, H. (dir.) E-Book
on International Finance and Development, University of Iowa College of
Law (http://www.uiowa.edu/ifdebook/).
En anglais seulement, mais complet et très bien fait.
CHESNAIS, François,
Blanchiment de l’argent sale et mondialisation financière¸
Conseil scientifique ATTAC, déc. 1998 (http://www.attac.org/fra/cons/doc/inter3.htm)
SALAMA, Pierre, L'économie
des narcodollars. Conseil scientifique ATTAC, http://www.attac.org/fra/cons/doc/inter5.htm
GEORGE, Susan, Une courte
histoire du néolibéralisme, mars 1999 (http://www.attac.org/fra/toil/doc/georgefr.htm)
Sur la taxe Tobin :
OXFAM Grande-Bretagne, L’heure
de la taxe Tobin a-t-elle sonné ? Mai 1999 (http://www.attac.org/fra/toil/doc/oxfamfr.htm).
Copie sur support papier disponible auprès d’ATTAC-Québec.
Un excellent texte qui présente les tenants et aboutissants d’une
telle taxe.
CHESNAIS, François,
Tobin or not Tobin, Une taxe internationale sur le capital. L’Esprit
frappeur, Paris, 1998, 86 pages. À lire absolument.
Gouvernement du Canada, Ministère
des finances, par Rodney Schmidt, Taxing Short Term Capita Flows.
Un document non officiel que le gouvernement du Canada a vite fait de passer
sous silence. (http://www.attac.org/fra/gouv/doc/canada2.htm)
Voir aussi du même auteur : Feasibility of the Tobin Tax (http://www.attac.org/fra/gouv/doc/canada3.htm)
MICHALOS, Alex, « In
Defense of Tobin Taxes », dans Maclean, Brian K. (édit.) Out
of Control :Canada and the turmoil in global financial markets, Canadian
Centre for Policy Alternatives and James Lorimer and Co. Ltd, Toronto,
1999, pp. 145-160
Les organisations internationales
: http://attac.org/fra/list/doc/zachary2.htm
La riposte citoyenne :
Accord des citoyens et des
peuples sur les investissements et les richesses, Collectif français
contre l’AMI, juin 1999. (http://attac.org/alterdavos/documents/acpirfr1.htm)
DEMOCRATIZING GLOBAL FINANCE:
CIVIL SOCIETY PERSPECTIVES ON
PEOPLE CENTRED ECONOMICS,
United Nations Non Governmental Liaison Service, No 38, juillet 1999.
(http://www.attac.org/fra/orga/doc/unngls.htm)
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