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L’Europe, un marché prometteur ? Lettre ouverte du Réseau des Attac d’Europe

Médias, 14 novembre 2013

Cette lettre ouverte, signée par Thomas Coutrot pour le réseau des Attac d’Europe*, a été publiée dans Le Devoir, sur le site de L’Aut’journal et, en anglais, sous le titre « Europe a less than promising market », sur le site de Troy Media.

Le Premier ministre canadien et le président de la Commission européenne ont affirmé leur entente politique pour un accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne (UE). Les discours officiels affirment à répétition que cet accord est bon pour le Canada et le Québec, car l’UE est un grand marché solvable ; qu’il fournira des opportunités pour les entreprises exportatrices ; que la libéralisation des échanges est toujours bonne pour l’économie, car elle porte la croissance et le développement ; enfin que l’UE défend la protection des droits et un modèle social tels que rien de néfaste ne peut venir d’elle.

Nous, en tant que citoyens européens, sommes désolés de devoir démentir ces propos lénifiants : non, l’UE n’est pas un modèle de développement durable et de justice sociale, non elle ne constitue plus une terre d’opportunités économiques évidentes : car elle s’applique à elle-même des politiques d’austérité généralisée qui l’emmène à des régressions sociales mais aussi démocratiques très préoccupantes.

Tout au long de la crise, nous avons vérifié, étape par étape, que l’agenda européen était entièrement dicté par les impératifs des marchés financiers, quitte à sacrifier les populations. Les dettes publiques des pays dits de la périphérie, la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, ont donné lieu à des spéculations qu’il n’a jamais été sérieusement question d’entraver, tandis que les banques étaient renflouées par les deniers publics.

Les peuples ont été et sont encore les victimes de politiques insensées de « redressement des comptes » : en Grèce, avec des cures drastiques d’austérité, la situation sanitaire et la misère deviennent dramatiques, mais la dette a néanmoins augmenté.

En Espagne, le taux de chômage dépasse les 25% et un jeune sur deux est touché. Au Portugal, la précarité a déclenché un exode massif de la jeunesse vers l’étranger – ironie de l’histoire, souvent vers les anciennes colonies.

Partout l’activité économique est en berne et les discours officiels euphoriques sur la « reprise » ne parviennent pas à masquer l’enlisement européen. Même l’Allemagne, présentée comme championne européenne de la croissance, table sur un chiche 0,3% pour l’année prochaine.

Loin de chercher à apporter des réponses sérieuses à ce que vivent réellement les populations européennes, l’Union européenne et les gouvernements se réfugient dans l’idéologie en prétendant que le renforcement du libre-échange pourrait apporter des solutions.

Mais la liberté totale de circulation des marchandises et des capitaux, instituée par les Traités au sein de l’UE et de plus en plus systématiquement pratiquée avec les pays tiers, a favorisé la précarisation de l’emploi et la concentration des revenus : elle est donc au cœur des mécanismes de la crise actuelle. Pourquoi vouloir encore la renforcer ?

Dans ces conditions, de quelles opportunités de marché parlent vos dirigeants quand ils tentent de vous faire accroire que l’UE est l’Eldorado des investisseurs ?

Personne ne pense sérieusement que l’Accord économique et commercial global (AÉCG) entre l’UE et le Canada serait de nature à améliorer cette situation. Au contraire, en augmentant le pouvoir des multinationales canadiennes et européennes, en restreignant le droit des pouvoirs publics à améliorer ou simplement maintenir des normes de sécurité sociale, sanitaire ou environnementale, cet accord ne pourra que contribuer à aggraver les inégalités et les injustices des deux côtés de l’Atlantique.

C’est si clair qu’on n’ose toujours pas dévoiler le texte de l’AÉCG et en débattre sérieusement : les peuples concernés – pour qui tout cela serait si bénéfique – n’ont pas voix au chapitre, les « experts » savent ce qui est bon pour eux.

En Europe, le sacrifice de la souveraineté populaire aux exigences du marché entraîne une division aggravée entre les peuples et favorise la recherche de boucs émissaires. Montent partout des nationalismes de nature xénophobe et raciste.

Ainsi, la question mérite d’être posée : les dirigeants du Québec et du Canada disent que l’Union européenne est la terre de toutes les promesses ; mais des promesses pour qui ?

* Attac, l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne, existe dans plus de 30 pays. Ce réseau rassemble les Attac de Norvège, Finlande, Danemark, Wallonie-Bruxelles, Grèce, Pologne, Islande, Italie, Allemagne, France, Portugal, Autriche et Espagne.




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