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Bulletin, avril 2016

Le Brésil : Un parti dans ses derniers retranchements

par Étienne Blondeau

« Je suis la présidente qui a été élue par le peuple sur la base d’élections libres et équitables. »
Dilma Rousseff

Au Brésil, à l’inverse de la situation en Bolivie, on trouve un gouvernement de gauche empêtré dans de nombreuses crises. Comment se fait-il que des manifestants exigent le départ de Dilma Rousseff, la présidente tout juste réélue (octobre 2014), censée occuper son poste jusqu’en 2019 ?

Il faut d’abord revenir sur le modèle socialiste qui a été implémenté par Luiz Inácio Lula da Silva (président de 2003 à 2011). Ce populaire président a misé sur la simplicité même : donner de l’argent aux pauvres. Il a privilégié les mères dont les enfants allaient à l’école et dont la famille se faisait vacciner et voyait régulièrement un médecin. Ainsi, les programmes sociaux évitaient les coûts bureaucratiques et amélioraient la vie des plus pauvres. Lula expliquait que l’université formait de supposés experts incapables de comprendre les pauvres et terrorisés par l’idée de donner directement de l’argent aux nécessiteux. Son Parti des travailleurs (PT) a aussi lancé l’expérience municipale du budget participatif, pour inclure les citoyens et non les seuls élus dans l’élaboration des finances publiques.

Suite à un cancer de la gorge en 2011, Lula décide de ne pas se représenter et Dilma Rousseff, elle aussi membre du PT, le remplace à la présidence de l’État. Lula quittait le palais présidentiel avec un taux d’approbation de 80% auprès de la population, dû aux réussites économiques et sociales du pays. Dilma Rousseff a poursuivi le travail de son prédécesseur, ce qui a permis sa réélection en 2014, une victoire qui a confondu les médias occidentaux. Les progrès sociaux ont garanti sa victoire : chômage très bas, allocations familiales, logements sociaux, misère réduite à 1,7 % de la population…

Toutefois, un mécontentement latent prend déjà forme en2013, lorsque des citoyens descendent dans la rue suite à une hausse des prix des billets d’autobus. Ces hausses de tarifs ont été la goutte qui a fait déborder le vase pour ces manifestants, frustrés de voir les dépenses de l’État être accaparées par les Jeux olympiques plutôt que par les besoins de la population.

Les manifestations actuelles sont quant à elles dues aux allégations de corruption touchant le gouvernement du PT. Petrobras, une compagnie pétrolière publique à 51 %, aurait fabriqué un système de collusion dès 2004, accordant des contrats publics à diverses compagnies en échange de pots de vin, totalisant 3 milliards de dollars. Jusqu’à 200 millions de dollars de pots de vin auraient été versés au Parti des travailleurs. Lula a été éclaboussé par l’affaire. Son domicile, celui de son fils et l’Institut Lula qu’il a créé en 2011 ont été l’objet de perquisitions en mars dernier, en même temps que les immeubles de magnats de la construction accusés de corruption. Lula aurait reçu divers cadeaux : des maisons de campagne et de l’argent pour son Institut. La présidente Rousseff n’est pas épargnée, puisqu’elle est accusée d’avoir dissimulé des dépenses faites par des banques publiques, en 2014 et 2015.

Ces allégations et ces procédures d’enquête sont la cause des manifestations qui réclament le départ de Rousseff. Elles ont atteint des millions de participants, particulièrement nombreux à Sao Paolo, fief de l’opposition. Le juge Sergio Moro, chef de l’enquête sur le scandale Petrobras, est une figure populaire chez ces manifestants. Un processus de destitution a été enclenché contre la présidente Rousseff, qui sera soumise au vote du Congrès. Si la présidente est destituée, le vice-président Michel Temer, du parti centriste PMDB, deviendrait président du Brésil par intérim. Rousseff réagit aux scandales en donnant un ministère à Lula le 17 mars. Devenant chef de cabinet de la présidente, il obtient immédiatement une immunité judiciaire. Ce coup de théâtre est évidemment perçu comme un aveu de sa culpabilité par les opposants du gouvernement. Le 29 mars, le PMDB se dissocie du gouvernement du PT, et tous les ministres du PMDB démissionnent de leur poste.
Pour ce qui est des manifestations, une question se pose. Serait-ce une colère légitime instrumentalisée par une droite incapable de gagner démocratiquement ? Plusieurs manifestants réclament un nouveau coup militaire, comme seul remède pouvant mettre fin au pouvoir du Parti des travailleurs. Les rassemblements sont aussi galvanisés et promus par les médias privés du Brésil, pratiquement unanimement anti-Rousseff.

Pire encore, les catastrophes s’accumulent à une vitesse folle au Brésil, menaçant le succès des prochains Jeux olympiques dont le gouvernement de gauche s’enorgueillissait déjà. Le Brésil connaît une dépression économique, le PIB chute de 3,8 % en 2015, le chômage double et l’inflation dépasse les 10 %. Le désastre économique est dû aux dettes libellées en dollars américains qui se sont renchéries alors que les prix des matières premières exportées par le Brésil ont chuté. À cela s’ajoutent des inquiétudes suscitées par l’épidémie du virus Zika, apparu au Brésil en 2003. Pourtant, les experts ne sont pas certains que ce virus puisse causer la microcéphalie, et ses symptômes avérés sont bénins, ne durent qu’une semaine et n’apparaissent que chez le quart des malades.

La partie n’est cependant pas nécessairement perdue pour le gouvernement, pourvu qu’il continue à résister aux pressions. Il peut compter sur l’appui de sympathisants fidèles : 149 000 manifestants pro-Roussef sont dans la rue le 31 mars. La gauche peut encore convaincre les députés de voter contre la destitution de Rousseff. Lula, quant à lui, a remporté une victoire dans son bras de fer avec le juge Sergio Moro. L’affaire Petrobras a été retirée à Moro pour être confiée à la Cour suprême du Brésil, jugée plus impartiale. Enfin, une possible reprise économique est en vue pour le Brésil, suite aux investissements massifs dans les Jeux olympiques.



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