Bulletin, décembre 2016

Regards sur ATTAC Japon

par Tsutomu Teramoto

ATTAC Japon a été fondée en octobre 2001. Elle est composée de quatre groupes locaux : Attac Tôkyô, Attac Tôkaï, Attac Kyôto et Attac Kansaï. Le nombre total des adhérents est d’environ une centaine de personnes. Nous sommes ainsi un tout petit groupe comparé à Attac France ou Attac Allemagne. Chaque groupe compte environ une vingtaine de membres qui s’impliquent régulièrement dans l’organisation d’événements (séminaires, ateliers, conférences, manifestations). En raison de notre petite dimension, nous sommes parfois amenés à collaborer avec d’autres associations, notamment des syndicats, des ONGs et une myriade de mouvements sociaux, pour mener des actions communes.

Parmi les thèmes que nous avons récemment abordés figurent le changement climatique, les dettes publiques, la pauvreté et le développement, le libre-échange (notamment le débat autour du TPP : Trans-Pacific Partnership) et le G7. Selon les sujets traités, il nous arrive de discuter sur Skype avec des militants d’autres pays, notamment d’Asie, d’Europe ou de Palestine. Nous avons fait une soirée Skype pendant le FSM à Montréal entre les trois membres qui s’étaient rendus sur place et ceux qui étaient restés au Japon pour partager l’expérience.

En ce qui concerne la diffusion des informations, chaque groupe local gère son propre site internet ou blog et publie régulièrement des bulletins électroniques. Des livres sont également traduits en japonais par les membres d’Attac. Parmi nos récentes publications, plusieurs ouvrages d’Eric Toussain sur la dette du tiers-monde, un livre sur Podemos et le mouvement anti-austérité en Espagne, un recueil d’articles sur les luttes sociales à Hong-Kong depuis l’annexion à la Chine. Concernant la crise grecque, une équipe est en train de traduire le Rapport de la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque (La Vérité sur la dette grecque, Editions LLL) qui a été publié l’an dernier après la capitulation du gouvernement Tsipras.

Dans le prolongement du Forum social mondial, il y a déjà eu trois Forum social local au Japon : celui de Kyôto en décembre 2004, celui de Tôkyô en mars 2010 et celui d’Osaka (région de Kansaï) en septembre 2012. A chacune de ces éditions, les membres d’Attac ont joué un rôle central au sein des comités d’organisation. Les grandes rencontres des institutions internationales ont été également l’occasion de mener des actions pour susciter le débat. Ce fut le cas lors de l’assemblée générale de la Banque Asiatique de Développement (ADB) à Kyôto en mai 2007, de la réunion du G8 à Sapporo en juin 2008, de l’Assemblée générale de l’APEC (Asian-Pacific Economic Cooperation) à Yokohama en novembre 2010 et de la réunion du G7 cette année à Iseshima.

Nous sommes très solidaires des mouvements sociaux qui se déroulent à l’étranger et nous essayons d’y participer aussi souvent que possible. Le FSM est l’un des événements auxquels nous accordons le plus d’importance en envoyant des représentants à chaque édition depuis Porto Allegre en 2002. Certains de nos membres sont aussi partis manifester contre l’assemblée générale de l’OMC en 2005 à Hong-Kong et en 2013 à Bali (Indonésie). Pour ma part, je me suis rendu l’an dernier à Paris pour participer au Forum des ONGs de la COP 21 et cette année à Tunis pour assister à l’Assemblée annuelle du CADTM (Comité pour l’Abolition des dettes illégitimes) réseau dont Attac Japon fait partie. C’est enfin le Comité international d’Attac Japon qui se charge de tout ce qui relève de la communication et de la coordination avec Global Attac et les diverses associations altermondialistes de la planète.

Nous sommes très sensibles à l’actualité internationale, mais cela ne nous empêche pas pour autant de militer pour des questions locales. J’en évoquerai seulement deux. La première est la lutte contre le gouvernement Abé qui, parallèlement aux réformes néolibérales (démantèlement de la protection sociale, dérèglement du marché du travail, etc.), vise à enterrer notre Constitution pacifiste pour envoyer des troupes militaires à l’étranger dans la guerre contre le terrorisme.

Je m’explique :
Après la seconde guerre mondiale, le Japon a été doté d’une constitution pacifiste qui interdit de recourir à la force militaire pour résoudre les conflits internationaux. C’est le fameux article 9 qui symbolise le Pacifisme constitutionnel de l’après- guerre. C’était une mesure introduite par les forces alliées pour démilitariser le pays, mais elle fut largement approuvée par le peuple japonais qui sortait de 15 années de guerre et de militarisme. C’est d’ailleurs au nom de ce pacifisme constitutionnel que la jeunesse de l’après-guerre a milité pour le retrait des bases militaires américaines de l’Archipel et s’est massivement mobilisée contre la guerre du Vietnam. Or, depuis la fin de la guerre froide et notamment le choc du 11 septembre 2001, l’administration américaine a exercé des pressions pour que le gouvernement japonais abroge cet article 9 afin d’envoyer ses troupes en Irak ou ailleurs, ce qui représente une aubaine pour la droite nationaliste japonaise qui a toujours considéré cet article comme une amputation de sa souveraineté. Ainsi, une nouvelle série de lois a été votée en 2015 permettant à nos troupes de combattre à l’étranger (Loi sur la sécurité nationale), mais il reste à abroger l’article 9 pour que l’armée japonaise, nommée "Force d’autodéfense", soit totalement libre de toute contrainte constitutionnelle. C’est ce dernier verrou que le gouvernement Abé vise à faire sauter. Il est en position de force après avoir obtenu les deux tiers des sièges au parlement, mais une forte mobilisation sociale défend la constitution.

La seconde question qui secoue actuellement le pays concerne le problème du nucléaire. Depuis la catastrophe de Fukushima en mars 2011, les 54 centrales nucléaires du Japon ont été mises à l’arrêt pour des raisons de sécurité. Et aucune d’entre elles n’a pu redémarrer pendant 5 ans sous la pression du mouvement antinucléaire. Mais malgré la catastrophe, le gouvernement ne semble pas prêt à changer de cap et sous la pression du lobby nucléaire, il semble même déterminé à faire redémarrer les réacteurs à tout prix. Ainsi, trois de nos centrales ont redémarré au cours de ces derniers mois et la société civile est mobilisée pour empêcher la relance des autres centrales. C’est à ces luttes que les membres d’Attac Japon s’associent. Nous nous sommes d’ailleurs impliqués dans l’organisation du Forum Social Mondial thématique contre le nucléaire qui s’est déroulé à Tôkyô et à Fukushima en mars 2016 avec la participation de nombreux journalistes et militants étrangers. Les premières discussions avaient commencé lors du FSM à Tunis en mars 2015 et nous avons servi d’intermédiaire avec les militants antinucléaires au Japon.

Pendant environ une trentaine d’années, le Japon a connu une période d’accalmie sur le plan social : les grèves ont quasiment disparu du paysage et les syndicats ont été attaqués, alors que les inégalités se creusent. Mais il semble que depuis la catastrophe de Fukushima le vent soit en train de tourner. Des milliers de personnes se sont rassemblées chaque vendredi soir devant la résidence du premier ministre à Tokyo réclamant la sortie du nucléaire. Ce qui a par la suite engendré une seconde mobilisation populaire pour défendre la constitution pacifiste. En août 2015, une manifestation de 100 000 personnes a eu lieu devant la Diète pour protester contre la Loi sur la sécurité nationale que le gouvernement Abé s’apprêtait à faire passer. L’un des aspects marquant de ces mobilisations est la participation nombreuse et spontanée de la jeune génération, ce qui représente une chance de renouvellement pour les mouvements sociaux. C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que nous assistons à ce phénomène.

Pour finir, nous vous remercions infiniment pour tout le travail que vous avez accompli pour l’organisation du FSM à Montréal et pour l’accueil chaleureux que vous nous avez réservé. Le temps passe vite, mais les souvenirs de ces journées festives sont encore loin de s’estomper. Maintenant que nous nous avons fait connaissance, gardons contact et travaillons ensemble pour l’avènement d’une justice globale.


L’auteur est membre d’Attac Japon.



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